
Pour les épicuriens, l’univers était constitué d’atomes aux trajectoires verticales et parallèles. Dans cette conception du monde, jamais rien n’aurait été créé, s’il n’y avait une déclinaison (ou clinamen) dans le mouvement des atomes, permettant la rencontre de ceux-ci, et par suite l’existence de toute chose. C’est sur l’existence de cette infime modification de la trajectoire des atomes que se fondent à la fois toute création et la possibilité pour tout être humain d’être libre.
Les doctrines d’Épicure nous sont parvenues au travers des travaux de ses disciples (notamment Lucrèce), seuls quelques fragments des écrits d’Épicure ayant été retrouvés.
Pour les épicuriens, tous les corps sont composés d’atomes, et seuls les corps composés sont susceptibles de changer.
Les atomes sont des corpuscules insécables. Un atome est considéré comme solide, compact, ne renfermant aucun vide. L’atome est décrit comme immuable et ses trois propriétés sont [1] :
la grandeur, dont la valeur est bornée.
la forme, dont la spécificité permet la diversité des substances.
la pesanteur, qui justifie le mouvement des atomes.
Le poids de l’atome est à l’origine de son mouvement. Si le poids des atomes varient en fonction de ses autres propriétés, celui-ci n’a aucune influence sur la vitesse de l’atome qui est invariante dans le vide. (Ils peuvent toutefois être ralentis dans la matière, gênés par d’autres atomes.)
Tant qu’aucun choc n’est intervenu, tous les atomes tombent dans le vide selon des trajectoires rectilignes à la même vitesse, et ce, très rapidement.
Le mouvement des atomes est déterminé par trois facteurs :
la pesanteur, cause de la chute des atomes dans le vide.
le choc, n’influant que sur la direction du mouvement des atomes, la vitesse restant identique.
la déclinaison, justifiant l’existence de chocs entre atomes.
La déclinaison est un mouvement spontané des atomes leur permettant de dévier de leur ligne de chute dûe à la pesanteur. Sans celle-ci, les atomes, tombant à la même vitesse dans le vide, ne pourraient entrer en collision, et rien n’aurait pu exister. « Les atomes descendent bien en droite ligne dans le vide,entraînés par leur pesanteur ; mais il leur arrive, on ne saurait dire où ni quand, de s’écarter un peu de la verticale, si peu qu’à peine peut-on parler de déclinaison. Sans cet écart, tous, comme des gouttes de pluie, ne cesseraient de tomber à travers le vide immense ; il n’y aurait point lieu à rencontres, à chocs, et jamais la nature n’eût pu rien créer. » [2]
Ce mouvement spontané n’implique pas une délibération consciente, il est une sorte de liberté mécanique. La déclinaison des atomes est le fondement cosmique de la possibilité pour l’être humain d’être libre [3]. Ainsi, l’acte volontaire est une des conséquences de la déclinaison des atomes constituant l’esprit. Une déclinaison qui fonde notre libre-arbitre sur une théorie matérialiste et non métaphysique. Clinamen, « légère déviation des atomes » grâce à laquelle l’esprit n’est pas soumis à une nécessité intérieure, ni réduit à une totale passivité.
[1] BRUN Jean, L’Épicurisme, Presse Universitaire de France, collection Que Sais-je ? n°810.
[2] Lucrèce, De la Nature, Éditions Garnier-Flammarion (dont sont extraites les citations, traduction de Henri Clouard).
[3] « Quant au clinamen, il limite le poids du déterminisme ou l’importance de la pure nécessité (de là, grâce à lui, un changement de direction) : l’homme pourra échapper à l’esclavage monodirectionnel. » (DAGONET François, Les Grands philosophes et leur philosophie, Éditions du Seuil, 2002, p. 75)
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