Deux ans plus tôt, Willis avait acheté un bouquin intitulé L’Almanach du père : un livre indispensable d’idées et conseils pratiques pour les hommes qui élèvent de jeunes enfants. En couverture, on voyait un papa à gros cul, genre BD, en pantalon brun, avec deux moutards dans les bras. L’idée que l’amusement puisse être soumis à un préconditionnement lui semblait déprimante, mais il avait essayé quelques-unes des activités proposées avec Roger. À Preston Falls, ils (c’est-à-dire Willis) avaient creusé un trou derrière l’appentis pour fabriquer une « guimbarde ougandaise » : vous couvrez le trou avec du lamellé-collé de trois millimètres d’épaisseur, vous y attachez une ficelle, que vous attachez à une baguette flexible, que vous enfoncez dans le sol. Roger avait gratté l’instrument pendant presque trente secondes avant d’en avoir marre. Ils avaient aussi fabriqué un piège à souris avec une poubelle en plastique : la souris marche sur le tremplin, saute pour attraper un bout de fromage suspendu, tombe et ne peut pas remonter. Briguant un plus gros gibier, Roger avait posé le piège dehors, l’avait oublié et, une semaine plus tard, y avait trouvé une souris noyée dans l’eau de pluie ; ça lui avait filé la trouille, il s’en était pris à Willis et avait refusé de parler pendant deux jours. Le bouquin était toujours dans le bureau de Willis, au fond d’un tiroir.
