Ainsi, le monde nous vint en morceaux…


Fragment n°4647

Tant de gestes allaient venir ; ouvrir le frigidaire, sortir le lait et le verser dans la tasse de Célia, décrocher les vestes des enfants, ouvrir la porte de la grange ; autrefois prendre le verre empli par sa mère, aujourd’hui à son tour le faire, sinon l’enfant ne mangeait pas, le repas n’était pas prêt. Anna parfois mesurait l’invraisemblable quantité des gestes, leur flot allait la noyer, lui semblait-il ; elle se refusait alors à en accomplir certains, sa main ne prenait pas le jouet abandonné, l’épluchure dans l’évier, le yaourt périmé. Dans certaines existences, ces gestes avaient déjà tout pris, à eux le rythme lever repas toilette rangement courses repas rangement courses repas toilette coucher, des journées entières pouvaient y disparaître.

  • SIGAUD Dominique, La corpulence du monde, Éditions du Seuil, 2008, pp. 46-47. .

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