Bientôt, les bruits de la grange se mêlèrent à ce cruel concert. La tempête avait pris fin, mais une brise soufflait autour des angles de la bâtisse, modulant parfois une plainte spectrale d’une tristesse infinie. Le foin craquait comme si chaque brin essayait de s’esquiver furtivement. Des chauves-souris voletaient dans les ténèbres en grinçant des dents, et les rats poussaient des cris horribles. Les unes et les autres semblaient le fixer de leurs petits yeux méchants au sein de l’obscurité.
Il lui était déjà arrivé de se trouver seul, mais il n’avait jamais expérimenté cette solitude totale, parmi des choses nouvelles dans un lieu inconnu de lui. Une terreur panique grandissait sans cesse dans son cœur. Il lui sembla que les heures passaient sur lui comme des nuages paresseux, tandis qu’il restait étendu frissonnant d’épouvante. Finalement, un hibou pénétra dans la grange et se mit à voler en cercles au-dessus de lui, en poussant des cris déments. Les nerfs trop tendus du jeune homme cédèrent : il sortit de son refuge en gémissant, et courut vers Cardif aussi vite qu’il le put.
