Ainsi, le monde nous vint en morceaux…


Fragment n°1034

Sans titre À présent, je me disais que nous étions peut-être en présence de ce qui se passe quand les villes meurent. Elles ne succombent pas forcément à grand bruit : elles ne meurent pas uniquement quand leur population les abandonne. Peut-être peuvent-elles aussi mourir ainsi : quand tout le monde souffre, quand les transports sont si pénibles que les travailleurs préfèrent renoncer à des emplois dont ils ont besoin plutôt que d’affronter les affres du déplacement ; quand personne ne peut obtenir de l’eau ou de l’air pur ; quand personne ne peut aller se promener. Peut-être les cités meurent-elles quand elles finissent par être dépouillées des agréments que procurent d’ordinaire les villes, du spectacle des rues, du sentiment exacerbé des possibilités humaines, pour devenir simplement des endroits surpeuplés où tout le monde souffre.

  • NAIPAUL Vidiadhar Surajprasad, L’Inde (un million de révoltés), Librairie Plon .
  • MAFFIOLO Cécile, Sans titre, photographie (2006).

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