Margins : configuration des photographies
Vito Hannibal ACCONCI a imaginé un dispositif photographique [1] qui propose une représentation d’un lieu parcellaire quoiqu’à 360°.
Le dispositif intitulé Margins est assez simple, comme l’indique la notice, l’artiste, debout en un point donné, prend douze photographies de l’espace environnant.
Huit clichés sont réalisés à hauteur d’appareil-photographique dans les huit directions principales : avant, avant-droite, droite, arrière-droite, arrière, arrière-gauche, gauche et avant-gauche. Les quatre images restantes sont conçues en inclinant l’appareil-photographique vers le bas et vers le haut dans les directions avant et arrière : avant-haut, avant-bas, arrière-haut, arrière-bas.
Les photographies sont ensuite présentées selon l’agencement ci-contre [2].
L’espace central correspondant au point où se tenait le photographe contient le texte suivant :
Title : margins
Activity : Holding a camera while standing still in one spot : snapping photos all around me.
Place : Central Park, New-York
Time : August 3, 1969.
Ce dispositif est ici repris et prolongé par l’ajout de textes associés à chacune des images produites.
Vous pouvez participer en proposant une fragmentation photographique d’un lieu, ou une série de textes associée à une fragmentation. Pour en savoir plus, consultez les modalités de participation.
Entre le 18 et le 20 octobre 1974, Georges Perec se livra à une tentative d’épuisement d’un lieu parisien [3], en l’occurrence la place Saint-Sulpice. Cette tentative consiste initialement, selon l’auteur, à décrire « ce que l’on ne note généralement pas, ce qui ne se remarque pas, ce qui n’a pas d’importance : ce qui se passe quand il ne se passe rien, sinon du temps, des gens, des voitures et des nuages ». Placé en un, puis des, points précis du lieu, Georges Perec fait porter son regard dans toutes les directions pour s’essayer à une description de l’espace considéré au travers de petits faits apparemment anecdotiques, rendus par des notations, faussement objectives, et généralement brèves. Si la forme semble suggérer une recherche d’exhaustivité, le cadre assigné à l’expérience, « décrire le reste », indique pourtant que la description ne pourra être qu’incomplète.
Qu’il nous soit alors permis d’y pointer quelques analogies avec notre fragmentation photographique. Le procédé tente de rendre compte d’un lieu, au centre duquel vient se placer un observateur. L’utilisation d’une grille de prise de vue semble suggérer une certaine objectivité presque scientifique, et le balayage des différentes orientations une recherche d’exhaustivité (le lieu est photographié sous tous ses angles), pourtant la reconstitution de l’image globale du lieu à partir des clichés réalisés sera forcément lacunaire. Le résultat photographique, fruit de contraintes spatio-temporelles, peut également sembler anecdotique : le temps de la prise de vue qui est celui de l’expérimentation (et non un quelconque instant décisif) et le cadrage imposé par la grille induisent l’enregistrement de ce qui habituellement ne se photographie pas, « ce qui ne se remarque pas, ce qui n’a pas d’importance »…
[1] présenté dans le cadre de l’exposition Vito Hannibal Acconci Studio, au Musée des Beaux-Arts de Nantes, juillet/octobre 2004.
[2] On observera que la configuration des photographies est cohérente spatialement avec les conditions de prise de vue sauf pour les photographies correspondantes aux orientations top-front, bottom-front, top-rear et bottom-rear.
[3] PEREC Georges, Tentative d’épuisement d’un lieu parisien, Union générale d’éditions, 1975, réédité par Christian Bourgeois Éditeur.
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