Clinamen, une infime déviation

Ainsi, le monde nous vint en morceaux…

Tentative désordonnée de reconstitution (fragmentaire) d’une réalité déconcertante

L'homme interrogatifCette rubrique est conçue comme un puzzle. Vous vous promenez, au hasard, de morceaux en morceaux. Un “morceau” est constitué d’un extrait de texte et — en principe — d’une image.

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- Pour participer à l’élaboration du puzzle, consultez les explications.

Quelques précisions en forme de variations autour d’un thème

Principes de fonctionnement

La construction du puzzle repose sur quelques principes simples :

  • la combinaison d’une grande variété d’extraits de textes qui, assemblés, tendent — à l’infini [1] — à décrire la réalité dans son exhaustivité…
  • un parcours aléatoire qui juxtapose les fragments, créant surprise, amusement, stupeur ou embarras, multipliant les niveaux de lecture et qui rend compte (trop) partiellement de la complexité du réel. Trois modes de navigation coexistent, le mouvement d’une pièce à l’autre du puzzle peut être :
    • chaotique, le hasard seul vous amène à vous saisir d’un fragment.
    • contraint, le hasard intervient toujours mais au sein d’un sous-ensemble des fragments. Les textes sont regroupés par thème, comme si vous regroupiez les morceaux du puzzle par couleur avant de débuter la reconstitution de l’ensemble. Cette stratégie peut sembler rationnelle mais est souvent infructueuse...
    • centrifuge. Lassé du puzzle, vous balayez les morceaux et cette vaine activité d’un revers de la main et vous retournez au monde. Au risque de croire un instant, un instant seulement, que le monde n’est qu’un prolongement du puzzle.
  • la mise en relation d’un texte et d’une image. Dans la mesure du possible, celle-ci ne doit pas simplement illustrer celui-là mais texte et image doivent entrer en résonnance afin que l’écho produit enrichisse la lecture de chacun des éléments (graphique et textuel).

L’art du puzzle

« Au départ, l’art du puzzle semble un art bref, un art mince, tout entier contenu dans un maigre enseignement de la Gestalttheorie : l’objet visé — qu’il s’agisse d’un acte perceptif, d’un apprentissage, d’un système physiologique ou, dans le cas qui nous occupe, d’un puzzle en bois — n’est pas une somme d’éléments qu’il faudrait d’abord isoler et analyser, mais un ensemble, c’est à dire une forme, une structure : l’élément ne préexiste pas à l’ensemble, il n’est ni plus immédiat ni plus ancien, ce ne sont pas les éléments qui déterminent l’ensemble, mais l’ensemble qui détermine les éléments : la connaissance du tout et de ses lois, de l’ensemble et de sa structure, ne saurait être déduite de la connaissance séparée des parties qui le composent : cela veut dire qu’on peut regarder une pièce d’un puzzle pendant trois jours et croire tout savoir de sa configuration et de sa couleur sans avoir le moins du monde avancé : seule compte la possibilité de relier cette pièce à d’autres pièces et, en ce sens, il y a quelque chose de commun entre l’art du puzzle et l’art du go ; seules les pièces rassemblées prendront un caractère lisible, prendront un sens : considérée isolément, une pièce d’un puzzle ne veut rien dire ; elle est seulement question impossible, défi opaque ; mais à peine a-t-on réussi, au terme de plusieurs minutes d’essais et d’erreurs, ou en une demi-seconde prodigieusement inspirée, à la connecter à l’une de ses voisines, que la pièce disparaît, cesse d’exister en tant que pièce : l’intense difficulté qui a précédé ce rapprochement, et que le mot puzzle — énigme — désigne si bien en anglais, non seulement n’a plus de raison d’être, mais semble n’en avoir jamais eu, tant elle est devenue évidence : les deux pièces miraculeusement réunies n’en font plus qu’une, à son tour source d’erreur, d’hésitation, de désarroi et d’attente. »

PEREC georges, La vie mode d’emploi, Éditions Hachette, 1978, pp. 235-236.

Je(u) est un puzzle

Pour finir, n’hésitons pas à conclure que tout est puzzle : les êtres au travers de leur insaisissable complexité qu’on ne saisit finalement que par morceaux ; la Vérité même comme l’illustre si bien la parabole des aveugles et de l’éléphant.
Notre tentative pour reconstituer une réalité qui n’en finit pas de nous déconcerter n’est qu’une approche empirique et désordonnée, soit, mais ce n’est certes pas la plus illusoire…

Iconographie

Notes

[1] En première approximation, nous évaluons l’infini à 104, ce qui correspond à une estimation à la louche du nombre d’heures dormies par un être humain ayant une espérance de vie moyenne. Il nous paraîtrait ambitieux, voire prétentieux, de vouloir atteindre un infini qui se tiendrait au-delà de l’horizon de l’espérance d’une vie moyenne. Même en grappillant un peu sur les heures de sommeil…

  • Dernière mise à jour de la rubrique le 27 août.

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